De l’amitié à la maladie

Dinu Lipatti devient le patient du Dr Henri Dubois-Ferrière en 1947.

Le médecin et le pianiste luttent, chacun à leur manière, contre la même maladie, la leucémie. Henri Dubois-Ferrière avec les armes de la science, mais aussi avec son engagement, son courage et son humour. Dinu Lipatti avec son talent de musicien et la cortisone que le médecin lui administre. C’est le début d’une très grande amitié.

«Il faudrait des pages et des pages pour dire combien ces deux êtres se sont compris et aimés comme des frères», racontait Madeleine Lipatti.

Leur ténacité conjuguée a permis une dernière rémission et la réalisation d’un des plus beaux enregistrements qui soient… Avec vingt ans d’écart, ils mourront frappés du même type de mal, mais auront fait de l’espoir une musique tenace et volontaire.

Cet espoir, Madeleine Lipatti, la famille et les amis d’Henri Dubois-Ferrière ont voulu le transmettre aux malades et à leur famille ainsi qu’aux soignants. C’est la mission de la Fondation.

Dinu Lipatti

Un musicien et un pianiste au talent exceptionnel

Dinu Lipatti est né le 19 mars 1917 à Bucarest et la musique lui tiendra lieu d’école. Plusieurs maîtres se succèdent auprès de lui. C’est d’abord Florica Musicescu qui lui enseigne le piano au Conservatoire de Bucarest. Ce sera ensuite Alfred Cortot qui l’invite à Paris où il travaille la direction d’orchestre avec Charles Münch, la composition avec Paul Dukas puis avec Nadia Boulanger.

Contraint de rentrer en Roumanie au début de la guerre, il en repart en 1943 accompagné de sa future épouse, Madeleine, et s’installe à Genève où sa réputation de pianiste et de professeur au Conservatoire de Musique grandit rapidement. Déjà malade, il doit renoncer aux tournées, trop éprouvantes, mais fait tout de même plusieurs enregistrements à Londres entre 1946 et 1948. Sa santé continue à s’aggraver.

Toutefois, en 1950, grâce à la cortisone, il connaît un répit de quelques mois et pourra enregistrer son testament musical sur le Steinway dont il a toujours rêvé, offert, à l’instigation d’Henri Dubois-Ferrière, par un groupe d’amis. Le 16 septembre, malgré un état alarmant, il jouera au Festival de Besançon. Ce sera son dernier concert. Il mourra le 2 décembre, à Genève.

Dr Henri Dubois-Ferrière

Un chercheur et un homme de coeur

Né le 20 mars 1912, Henri Dubois-Ferrière, pionnier du développement de l’hématologie en Suisse, a très vite, dès 1938, pressenti le rôle essentiel des plasmocytes en immunologie. Dès 1950, il sera le premier en Europe à utiliser la cortisone pour traiter la leucémie.

Sa personnalité et les travaux qu’il poursuit enthousiasment quelques-uns de ses amis qui décident de l’aider financièrement à créer, en 1958, le « Centre de recherches sur les maladies du sang ».

Il maîtrise la corticothérapie et la chimiothérapie, traitements révolutionnaires à l’époque. Cela lui vaut une très grande estime de la part de ses confrères étrangers qui le consultent fréquemment. Il est membre de nombreuses sociétés scientifiques et présidera pendant plusieurs années la Société Suisse d’Hématologie, dont il a été l’un des fondateurs.

En 1969, il participe à la création de la Division d’Hématologie de l’Hôpital Cantonal Universitaire de Genève et à la mise en place d’une unité de recherche. Déjà très malade, il ne la verra malheureusement pas se concrétiser. Il s’éteint le 8 juillet 1970, victime d’un cancer, maladie qu’il a aidé à combattre et combattue lui-même si longtemps.